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Collioure Matisse : sur les pas du fauvisme entre terre et mer

Laurent 19 juin 2026 10 min de lecture

📋 L’essentiel à retenir

L’histoire Collioure Matisse naît le 16 mai 1905, quand Henri Matisse débarque dans ce port catalan et y déclenche une révolution picturale. En un été, deux peintres, une lumière incomparable, et le fauvisme entre dans l’histoire de l’art.

  • Date fondatrice : été 1905, arrivée de Matisse le 16 mai, de Derain le 5 juillet
  • Production colossale : 15 toiles et 40 aquarelles pour Matisse, 30 toiles pour Derain en moins de 3 mois
  • Œuvres à voir : Collioure (Vue du port) au Musée Artizon (Tokyo), Porte-fenêtre à Collioure au Centre Pompidou (Paris)
  • Sur place : Chemin du Fauvisme balisé, livret à 6€ à l’Office de Tourisme, application mobile gratuite
  • Maison du Fauvisme : 10 rue de la Prud’homie, Collioure

Entre la mer Méditerranée et les vignes de Collioure qui dégringolent en terrasses vers la Côte Vermeille, Collioure porte en son cœur une révolution colorée. L’histoire de Collioure Matisse commence le 16 mai 1905, quand un peintre parisien frustré descend du train et pose les yeux sur une baie qui va changer l’art du XXe siècle. Comme un plat qui mijote lentement avant d’exploser en saveurs, cet été mêle lumière catalane aveuglante, rencontre foudroyante avec André Derain et naissance d’un mouvement que Paris ne comprendra pas tout de suite. Des dates clés (été 1905, Salon d’Automne), un Chemin du Fauvisme accessible à tous, des œuvres dispersées de Tokyo au Centre Pompidou : voilà ce que Collioure offre à qui sait regarder. Remontons à ce printemps 1905 où le train dépose un peintre en quête de lumière.

L’été 1905, quand Collioure révolutionna la peinture

L’arrivée du train et la lumière de la Côte Vermeille

Ce matin-là, le quai de la petite gare embaumait le sel et la garrigue sèche. Matisse descendit sur le ballast, leva les yeux vers la baie, et quelque chose se noua différemment dans sa poitrine : trop de bleu, trop de blanc, trop d’ocre. Une lumière qui ne ressemble à aucune autre en France. Henri Matisse arrive à Collioure sur les conseils de Paul Signac, décidé à donner un tournant à une carrière qui piétine. Il se lie rapidement avec Étienne Terrus, peintre roussillonnais qui lui ouvre les portes du cercle local : Aristide Maillol, Daniel de Monfreid (l’ami de Gauguin), et d’autres artistes catalans.

Le 5 juillet 1905, André Derain rejoint Collioure sur invitation. Pendant près de deux mois, les deux hommes travaillent côte à côte, sans jamais peindre sous le même angle. Ils arpentent le Voramar, le port d’Avall, la plage Saint-Vincent, les criques de l’Olla. Résultat : en moins de trois mois, Matisse produit 15 toiles, 40 aquarelles et une centaine de dessins. André Derain Collioure donne quant à lui 30 toiles, 20 dessins et une cinquantaine de croquis. Une productivité qui dit tout sur ce que cette terroir catalan déclenche chez un artiste. Matisse lui-même le reconnaîtra : « Il n’a pas en France de ciel plus bleu que celui de Collioure… Je n’ai qu’à fermer les volets de ma chambre et j’ai toutes les couleurs de la Méditerranée chez moi. »

La « cage aux fauves » du Salon d’Automne

Derain quitte Collioure le 24 août 1905, valises pleines d’œuvres. Matisse part le 2 septembre. À Paris, ils accrochent leurs toiles catalanes au Salon d’Automne. Le choc est immédiat. Huit œuvres de Matisse, neuf de Derain : la salle VII devient une arène. La Femme au chapeau provoque le scandale. La Plage rouge sidère. Le critique d’art Louis Vauxcelles lance sa formule, en parlant de « Donatello au milieu des fauves » : il voulait railler, il venait d’inventer un nom. Ainsi naît le fauvisme, mouvement qui pulvérise la règle de la Renaissance selon laquelle la peinture doit être un miroir du monde. Ici, la couleur est l’émotion elle-même, pure, sans dégradé, sans ombre. Collioure fauvisme : deux mots désormais indissociables dans l’histoire de l’art. Collioure Tourisme retrace en détail cette effervescence créatrice.

Les toiles de Collioure Matisse : où les admirer aujourd’hui

Les chefs-d’œuvre de l’été fauve et leurs dimensions

Ces tableaux ont quitté la baie depuis longtemps, mais ils continuent d’irradier dans les musées du monde entier. Voici les œuvres majeures nées ici, avec leur localisation actuelle :

Comparaison tableau Fenêtre ouverte Matisse et vue actuelle port Collioure
À gauche, ‘Fenêtre ouverte, Collioure’ (1905) ; à droite, la même vue depuis les hauteurs du port en 2026.
Titre Année Dimensions Localisation actuelle
Collioure (Vue du port) 1905 24,5 × 32,4 cm Musée Artizon, Tokyo (Japon)
Fenêtre ouverte (Collioure) 1905 55,3 × 46 cm National Gallery of Art, Washington D.C.
Raccommodeuses de filets 1905 12,5 × 21,5 cm Musée d’Art Moderne de Céret
Barques à Collioure 1905 18,2 × 19 cm Musée d’Art Moderne de Céret
Porte-fenêtre à Collioure 1914 116,5 × 89 × 2,5 cm Centre Pompidou, Paris

Le tableau Collioure conservé à Tokyo est une huile sur carton de petit format, paysage urbain exécuté à touches rapides : l’église au centre rendue en vert, la surface de l’eau en rose. Petit format, couleur absolu, selon Wikipédia. Les dessins Raccommodeuses de filets et Barques à Collioure sont arrivés au Musée de Céret grâce à un don de Matisse lui-même en 1950, quand le peintre offrit quatorze dessins datant de son premier séjour. Ces mêmes croquis ont servi de modèles pour plusieurs toiles, dont Le Port d’Avall. Les collectionneurs qui se sont positionnés très tôt : la famille Stein (Leo et Gertrude), qui acquit notamment La Raie verte, le marchand Ambroise Vollard pour les Derain dès l’automne 1905, et Gustave Fayet pour les marines.

De la couleur à l’abstraction : l’évolution jusqu’en 1914

Matisse ne quitte pas Collioure après l’été 1905. Il y revient en 1906, 1907, 1911, puis une dernière fois en 1914. Chaque séjour marque une étape. En 1906, la série de La Moulade efface la touche pointilliste. En 1911, les Intérieurs symphoniques prennent forme. Mais c’est la toile de septembre-octobre 1914 qui fracasse tout : Porte-fenêtre à Collioure, conservée au Centre Pompidou à Paris (116,5 × 89 × 2,5 cm), pousse la peinture aux bords de l’abstraction géométrique. Un grand pan noir occupe le centre, les volets éclairés sur les bords. Matisse commence à « utiliser le noir comme une couleur de lumière et non comme une couleur d’obscurité ». Si vous vous posez devant la fenêtre de la chambre basse qui surplombe le port aujourd’hui, vous retrouvez cet encadrement, ce rectangle de mer que le peintre a transformé en énigme. Le phare de Collioure (l’ancien clocher de l’église Notre-Dame-des-Anges) apparaît dans plusieurs vues et dessins de Matisse : ce repère maritime traverse toutes ses périodes colliourencques.

Sur les traces du fauvisme : balade dans le village

La Maison du Fauvisme et le parcours balisé

Le Chemin du Fauvisme Collioure est un parcours balisé de reproductions, installées aux endroits exacts où Matisse et Derain ont planté leur chevalet. C’est un musée à ciel ouvert, gratuit à parcourir, qui traverse ruelles, quais et placettes. Voici les outils disponibles pour l’explorer :

Carte itinéraire Chemin du Fauvisme Collioure avec spots de peinture
Le parcours des 5 sites incontournables du Chemin du Fauvisme à travers le village catalan.
  • Livret du Chemin du Fauvisme : vendu 6€ à l’Office de Tourisme et à la Vitrine sur le Fauvisme, il guide reproduction par reproduction
  • Balade commentée : organisée par la Vitrine sur le Fauvisme d’avril à la Toussaint, avec des médiatrices culturelles passionnées
  • Application « Collioure le voyage commence » : disponible toute l’année, elle mêle lectures de tableaux, vues de drone et film scénarisé historique
  • Borne numérique « Constellation artistique » : outil ludique installé à la Vitrine sur le Fauvisme

La Maison du Fauvisme est située au 10 rue de la Prud’homie à Collioure. Ce n’est pas un musée au sens classique : c’est un espace de ressources, point de départ des visites guidées et boutique spécialisée. La Vitrine sur le Fauvisme jouxte ce dispositif et concentre les outils numériques. Avant ou après la balade, faites un détour par le marché de Collioure : un ancrage dans le quotidien vivant du village, exactement le décor que Matisse a peint.

💡 Le conseil de Laurent : Achetez le livret à 6€ plutôt que de partir à l’aveugle. Les reproductions sont placées à l’endroit exact du tableau original, parfois à quelques mètres près. Quand vous superposez mentalement la vue d’aujourd’hui avec la toile de 1905, quelque chose de frissonnant se produit. C’est ça, la vraie expérience Collioure Matisse.

Les spots exacts et la lumière du golden hour

J’ai souvent croisé des visiteurs qui cherchaient « la » fenêtre de Matisse sans livret, perdus entre deux ruelles. Le Chemin du Fauvisme résout ce problème : chaque reproduction est placée précisément là où le peintre travaillait. Quelques repères pratiques pour retrouver les vues originales :

  • Fenêtre ouverte (Collioure) : cherchez les maisons à balcons du port d’Avall, côté quai, face à la baie
  • Vues du clocher : le phare collioure histoire clocher est visible depuis presque tous les points de la baie ; Derain l’a représenté sous tous ses angles
  • Moulin de Collioure : il apparaît en arrière-plan de certaines vues collinaires ; retrouvez son histoire sur la page moulin de Collioure
  • Fort Saint-Elme : visible des hauteurs et depuis les fenêtres des ateliers ; son profil triangulaire cadre plusieurs compositions de l’époque, à découvrir via fort Saint-Elme Collioure visite accès et histoire

Pour retrouver la lumière « fauve », venez tôt le matin ou en fin d’après-midi. À ces heures, la lumière rasante fait virer les façades de la même gamme d’ocres et de roses que dans les tableaux de Henri Matisse Collioure. Un matin, en longeant le quai avant l’ouverture des terrasses, j’ai compris ce qu’il voulait dire sur le ciel : la saturation des couleurs à cette heure-là dépasse ce que n’importe quel filtre photo peut restituer. En 2025, l’installation Points 2 vue de MA2F fêtait ses 30 ans avec douze cadres vides positionnés devant les paysages mythiques de la baie : cherchez-les, ils recadrent la lumière exactement comme Derain la voyait.

Questions fréquentes sur Matisse et Collioure

Quand Matisse est-il arrivé à Collioure et pourquoi ?

Henri Matisse arrive à Collioure le 16 mai 1905, sur les conseils de Paul Signac. Il cherchait à renouveler son art, lassé de Paris. La lumière méditerranéenne catalane et les rencontres avec Étienne Terrus, Aristide Maillol et Daniel de Monfreid ont déclenché sa révolution stylistique vers le fauvisme.

Où sont exposées les œuvres de Matisse peintes à Collioure ?

Les principales toiles sont dispersées dans le monde : Collioure (1905, 24,5 × 32,4 cm) est au Musée Artizon à Tokyo ; Porte-fenêtre à Collioure (1914, 116,5 × 89 cm) est conservée au Centre Pompidou à Paris ; Raccommodeuses de filets et Barques à Collioure sont au Musée d’Art Moderne de Céret, donnés par Matisse en 1950.

Comment suivre le Chemin du Fauvisme à Collioure ?

Le Chemin du Fauvisme est un parcours balisé de reproductions d’œuvres installées aux endroits exacts où Matisse et Derain peignaient. Un livret explicatif est vendu 6€ à l’Office de Tourisme et à la Vitrine sur le Fauvisme (10 rue de la Prud’homie). L’application mobile « Collioure le voyage commence » permet une visite immersive disponible toute l’année.

Comment le terme « fauvisme » a-t-il été inventé à partir de Collioure ?

Au Salon d’Automne 1905, les toiles peintes à Collioure par Matisse et Derain font scandale dans la salle VII. Le critique Louis Vauxcelles parle de « Donatello au milieu des fauves » pour railler ces couleurs pures et expressives. L’expression est retournée en nom de mouvement : le fauvisme est né d’une pique de critique devant des tableaux de Collioure.

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Laurent

L'équipe de L'Escale Bleue, restaurant de spécialités locales terre & mer à Collioure.

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